W_von_Weyden copiePratique transversale et revendiquée comme telle, l’activité de Thierry Weyd relève de plusieurs formes de production qui vont du bricolage à l’enseignement en passant par la performance, la musique, l’édition, l’activité de réseau sur Internet… ; en se donnant les moyens de l’autonomie de travail, et en s’inscrivant dans une dynamique qui ne recoupe qu’à l’occasion et sans plus s’en soucier celle de l’art contemporain.
La forme conçue en 1999 avec David Neaud du « Théâtre des opérations » (ou tdo, une compagnie de théâtre de sons, d’images et d’objets) demeure emblématique de la position dans l’art de Thierry Weyd. Et même si la collaboration au sein du tdo désormais est rendue difficile par l’éloignement géographique, la forme reste exemplaire pour entretenir une volonté d’effacement, d’action collective et d’identité générique, mais aussi parce qu’elle désigne formellement la position de l’opérateur, et non celle d’artiste, ou d’interprète comme on le dit des musiciens ou des acteurs. L’opérateur est actif ; il est même engagé, présent, mais coupe court à la revendication héroïque qu’il y a plus ou moins immanquablement dans la situation d’artiste. Thierry Weyd se reconnaît bien plus dans une position d’anonymat, qui trouve, précise-t-il, ses racines dans sa formation personnelle dans la contre-culture underground de la fin des années 70, et au travers de figures comme celle du groupe des Residents. En organisateur de manifestations, en ambassadeur des royaumes d’Elgaland~Vargaland, en réalisateur, en concertiste, en auteur, en conférencier, il est dans cette même attitude qu’en éditeur. Cette activité-là demeure une des plus englobantes qu’il se donne. Les éditions Cactus existent depuis 1985, revendiquant « l’art du bidouillage » et investissant « différents champs tels que ceux de la littérature, de la poésie, de la bande dessinée, de la musique, de la performance, des arts plastiques, du cinéma, sans jamais y être précisément ». Structure associative, elle est aussi un instrument de circulation, d’échange, d’activation sinon d’activisme. Livres, plaquettes, CD et films construisent un catalogue de rencontres et de connivences en partage d’esprit — un esprit qui passe par Fluxus et la poésie sonore, mais aussi le graphisme et la musique indépendants.
Thierry Weyd trouve son compte finalement en désignant son activité sous le terme d’émission. Opérateur ; émetteur ; et donc forcément de récepteur, de capteur — aussi longtemps qu’émission marche avec réception. Ou pour le dire autrement encore, il s’agit d’une activité de transmission, entendue tant dans le sens concret du transport de quelque chose que dans celui du noble partage d’expérience et de connaissance que l’acteur, l’interprète, l’éditeur, le prof, le blogger, l’organisateur, l’animateur mettent en jeu, au profit d’une attitude de liberté, d’indépendance, d’autonomie, de critique, de générosité, de responsabilité qu’il y a dans l’héritage de la contre-culture ; mais une contre-culture défaite à son tour de son millénarisme et de certaines de ces logiques exclusives, au profit du jeu, de la dérision, du doute, de l’inquiétude domestiquée par les petites formes fortement inscrites dans l’ordinaire des jours — et non dans les sphères sacrées ou consacrées de l’Art — avec un A.

Christophe Domino, 2006.